Taurey Butler
Taurey Butler, c’est une incarnation du ragtime américain. Une sorte de machine à jouer du piano doté d’une sonorité chaleureuse et diablement swing!… Amoureux de Montréal de surcroît. Il y a trois ans, le pianiste est venu s’établir dans la métropole pour y sortir, en octobre dernier, son premier album en carrière. Portrait d’un jazzman originaire du New Jersey qui n’a pas fini de nous surprendre.
Taurey, pouvez-vous me parler de votre parcours musical? Comment en êtes-vous venu à vivre ici, à Montréal?
En 2007, j’étais à Bangkok dans le cadre d’une résidence de concerts avec le bassiste Eldee Young. On travaillait ensemble six jours par semaine et, un beau jour, il est décédé d’une attaque cardiaque. C’est alors qu’un homme m’a approché, avouant qu’il aimait vraiment ce que je faisais au piano en me disant qu’il venait de Montréal… Il travaillait alors pour la Maison du Jazz. J’avais déjà pensé venir m’installer dans cette ville et depuis un moment, je cherchais une raison et une façon de m’y établir… c’est alors qu’il m’a proposé de garder le contact. Lorsque je suis arrivé en 2008, j’ai donc commencé à travailler en collaboration avec le pianiste résidant de cette place, Billy Georgette. Je n’ai jamais arrêté d’y jouer depuis.
Les amateurs de jazz montréalais sont habitués d’entendre parler de vous, car vous êtes le pianiste de la Maison du jazz.
Ah oui, les gens me reconnaissent??
… vous êtes donc en train de vous bâtir une réputation assez solide, ici dans la métropole.
Oui, peut-être! C’est clair que je suis très heureux d’avoir pu lancer mon album au House of Jazz (Maison du Jazz) sous l'étiquette Justin Time, mais c’est difficile pour moi de voir le résultat et la réaction du public de l’extérieur, de sortir de cette espèce de «buzz». Je crois que le milieu du jazz montréalais n’est pas si grand donc si quelqu’un vient de l’extérieur et est capable de faire sa place… alors c’est tant mieux!
Pouvez-vous me parler de votre carrière, avant de vous établir à Montréal?
Lorsque j’étais au New Jersey, j’ai travaillé sur plusieurs projets en tant que sideman… J’enregistrais et je quittais tout de suite après! J’ai aussi joué dans plusieurs festivals et j’ai travaillé avec beaucoup de gens, ce qui m’a amené à me retrouver à Bangkok avec Eldee Young.
Quelle est votre position dans le jazz actuel?
Je crois que le jazz doit rester accessible, pour toucher les gens. Être un artiste international basé à Montréal peut faire de vous un artiste assez intéressant, car je crois qu’on a une vision de la chose un peu différente!
Où avez-vous acquis la majeure partie de vos compétences musicales et à quel âge avez-vous commencé à jouer du piano?
J’ai commencé à jouer du piano classique dès sept ans, pour commencer le piano jazz à l’âge de 14 ans. Vous savez, l’étude du jazz est un processus continu et on a toujours l’impression de ne jamais totalement comprendre la chose…
Mais au moins, vous avez commencé jeune, donc vous aviez probablement une meilleure compréhension du jazz…
Oui et non. Faire du classique étant jeune, c’est bon pour la technique, tout comme le fait de commencer jeune à jouer du jazz. Il y a aussi la théorie qui nous donne une bonne idée de comment les choses fonctionnent. Je dois dire que pour mettre tout ça ensemble, il est primordial de jouer, faire des shows! C’est le seul moyen de s’en sortir. Pour moi, jouer avec Eldee Young de cette façon à Bangkok, c’était comme la vraie vie qui commençait!
D’après vous, qu’est-ce qui vous fait sortir du lot en tant que pianiste jazz à Montréal?
Bonne question… spontanément, je dirais mon gabarit et de quoi j’ai l’air! Je ressemble beaucoup à Oscar Peterson et les gens me comparent à lui car nous possédons un jeu pianistique semblable. Je dirais aussi que mon passé, mes influences et les choix de vie que je prône affectent mon jeu. Je fais dans le jazz mainstream, du gros swing, straight-ahead beebop! Pas trop intellectuel, très… feeling!
C’est un jazz qui rend heureux…
Oui, je présume!! Et tant mieux!
Taurey Butler & Nadja | L’Astral | 1er juillet




