Sierra Leone’s Refugee All Stars
Lorsque l’on visionne le documentaire Sierra Leone's Refugee All Stars, on se dit qu’il n’y a vraiment rien d’impossible et on a envie de faire le plein de projets. Ce super groupe de réfugiés a sorti depuis 2004 trois albums aux sonorités diverses. Reggae, soukouss, folk, funk sont quelques-unes des planètes visitées par les musiciens. Produit par le génial Victor Axelrod, leur dernier album, Radio Salone, décline les influences radiophoniques de l’ensemble.
Alors que le groupe est en pleine tournée panaméricaine, le charmant chanteur Reuben Koroma a accepté de répondre à quelques-unes des questions de CAMUZ. L’ensemble sera en concert, dans le cadre de Nuits d’Afrique, le 10 juillet au Cabaret du Mile-End.
Bonjour à vous, pouvez-vous nous expliquer qui vous êtes et quel est votre rôle dans le groupe?
Reuben M. Koroma : Pour être bref, je suis l’un des fondateurs du groupe et j’en suis aujourd’hui le leader, le compositeur et le chanteur principal.
La situation qui a mené à la formation du groupe est un conflit, ce conflit est aujourd’hui terminé, comment les gens vivent avec ce passé si récent en Sierra Leone?
En ce moment, la situation est complètement stable dans notre pays. Les gens développent leurs entreprises, nous travaillons un peu, il y a eu deux élections démocratiques depuis la fin de la guerre civile (ndlr: la guerre civile en Sierra Leone dura plus de dix ans et causa la mort de plus de 150,000 personnes et déplaça plus de deux millions d’individus). Je pense que la Sierra Leone se développe petit à petit et tranquillement. Vous savez, toute la destruction qui a été causée par onze ans de guerre civile ne se réparera pas en un jour! Cela va prendre du temps de nettoyer les cendres de la guerre!
Que pensez-vous de la condamnation récente de Charles Taylor?
Charles Taylor a eu la condamnation qu’il méritait. Sa gestion du Libéria a violemment porté offense à notre pays, à nos familles. Sa présidence a déstabilisé une région entière et a hypothéqué la vie de millions de gens.
Qu’est-ce que signifie pour vous l’expression que vous semblez populariser : le pouvoir à travers la musique?
Pour moi la musique est une source de divertissement, d’amusement qui peut donner une voix aux sans-voix, qui peut parler au nom de ceux qui sont bien souvent muets parce que les micros ne leur sont pas tendus.
Fela Kuti a déjà dit : « Music is the weapon! » qu’en dites-vous Reuben Koroma?
Je dis que c’est une arme qui va devoir amener des changements positifs.
Depuis les tout débuts, le groupe a beaucoup voyagé à travers le monde. J’aimerais savoir quelles sont les influences qui marquent votre plus récent album, Radio Salone.
Chez nous, Salone est une contraction du nom du pays : Sierra Leone. Sur cet album, nous rendons hommage à une de nos plus puissantes sources d’inspiration, la radio. En Afrique, bien souvent nous n’avons pas les moyens de nous payer un lecteur DVD ou une chaîne stéréo, la radio y tient donc une place prépondérante. Elle nous permet de rester connectés sur les rythmes du monde. Nous pensons, en tant que groupe, que l’écoute assidue de la radio nous a légué un héritage musical très inspirant qui se ressent aujourd’hui dans nos interprétations.
Qu’est-ce que vous écoutez comme musique?
Du reggae, du soukous, de la salsa, du zouk, du funk, du blues. J’écoute toutes sortes de musique et la radio m’a donné cette pluralité de langages.
En quoi la tradition musicale du Sierra Leone Refugee’ s All Star est-elle si éclectique?
Nous voulons offrir à notre public un spectre musical assez large qui représente avec justesse notre héritage, aussi bien historique que personnel. Sur cet album, nous avons voulu initier le public au rythme gumbe, une tradition musicale de notre région (qu’on retrouve également un peu partout en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes). À la fin de chacune des chansons de l’album, il y a des interludes de gumbe, ce qui représente assez bien l’ambiance et l’esprit de nos traditions.
Où se pratique habituellement le gumbe?
À Freetown!
À quelles occasions?
Dans les mariages, les anniversaires, les fêtes de quartier, les cérémonies, il y a toutes sortes d’occasions de célébrer ce rythme, ce sont nos racines qui s’y retrouvent!
Radio Salone a été enregistré à Brooklyn, en compagnie de l’ingénieur du son Victor Axelrod (ndlr: également membre d’Antibalas et producteur d’Amy Winehouse, Sharon Jones et j’en passe…) comment s’est déroulé votre escapade new-yorkaise?
J’adore la phase d’enregistrement d’un album. Le plus terrible fut l’hiver qui nous a tous violemment affectés. L’un des membres de l’orchestre était très malade à cette époque, nous avons tous été terrifiés par cette expérience, l’hiver n’est vraisemblablement pas fait pour nous.
Votre album est dédié à la mémoire de Francis John Langba, l’un des fondateurs du groupe, pouvez-vous nous en glisser quelques mots?
Francis est la première personne qui a collaboré avec moi lorsque j’ai eu l’idée de former un groupe dans ce camp de réfugiés. Nous l’aimions tous beaucoup et il manque énormément à l’ensemble. Sa perte a été très douloureuse pour toute l’équipe et plus encore pour moi, car il m’a donné toute son énergie et sa confiance dès le début. C’est un homme fort qui nous a quittés, à chaque fois que je pense à Franco, je ressens une grande tristesse, il sera toujours relié à notre histoire.
Comment êtes-vous apprécié en Sierra Leone?
La majorité des gens en Sierra Leone ne nous connaissent pas. Les gens qui savent lire connaissent notre parcours et notre rayonnement à l’international, mais pas les autres. Dans les grandes villes, nous sommes connus, mais pas dans les provinces, c’est une situation assez drôle et paradoxale.
Festival International Nuits d’Afrique – 10 au 22 juillet 2012
13 jours - 91 concerts et activités
Parterre du Quartier des spectacles du 19 au 22 juillet
www.festivalnuitsdafrique.com







