Sergent Garcia
Véritable hommage à la Colombie et à ses musiciens émergents, le dernier album du groupe Sergent Garcia, Una y otra vez, paru sous le label indépendant Cumbancha, s’inscrit dans la lignée ensoleillée et métissée des disques précédents. Son leader, Bruno Garcia, est toujours aussi engagé, avec la fiesta comme arme de séduction massive.
Le 19 juillet, Bruno Garcia va retrouver le Québec et son festival Nuit d’Afrique, sous un nouveau format, le Cumbia Muffin All Stars, qui réunit des musiciens avec lesquels il a collaboré ces dernières années. Deux certitudes : ce sera gratuit, et l’ambiance sera muy caliente !
Le leader du groupe Sergent Garcia est un habitué de la province. D’emblée, on devine qu’il est ravi de revenir. Les présentations ont été faites dans les années 80, sous la bannière du groupe punk Ludwig von 88. « On se produisait principalement en Europe, alors partir aussi loin en tournée, c’était incroyable ! », se souvient-il. Incroyable, comme l’accueil réservé par le public montréalais à chacune des apparitions de l’artiste, quelle que soit son étiquette. « Le public est super chaud, on se croirait en Amérique latine ! » Beau compliment dans la bouche d’un homme qui s’est amouraché de cette partie du monde.
Son dernier album, Una y otra vez, sonne comme un vibrant hommage à la Colombie, qu’il a découverte pendant un concert en 2005. Le coup de foudre fut instantané. « Ce soir-là, on a joué devant une salle comble, qui connaissait nos chansons par cœur. » Croulant sous le fardeau des images négatives, le pays dévoile sa nature profonde à l’artiste né d’un père espagnol et d’une mère française. « J’ai découvert des gens avec une énergie et une volonté incroyable, ce voyage a été une vraie révélation ! » L’osmose fut également musicale : « Pour moi, ce pays était un peu le résumé de tous les courants sur lesquels j’avais travaillé ces dernières années. C’était comme si j’avais atterri dans un laboratoire... » L’inventeur de la Salsamuffin, mélange de reggae, salsa et raggamuffin, chantre du métissage culturel et artistique, était subitement en terrain connu.
Le dernier-né de Sergent Garcia s’est fait désirer, 5 ans après l’album Mascaras, en raison des sempiternelles contraintes financières, mais aussi d’un défi logistique dont le chanteur a le secret. Les projets un peu fous ont toujours été son dada. Enregistré entre la France, la Colombie, l’Espagne et Cuba, Una y otra vez a vu collaborer 27 musiciens. La galette sert également de vitrine à cette nouvelle génération d’artistes colombiens sur lesquels Bruno ne tarit pas d’éloges. Deux figures de cette scène émergente seront d’ailleurs au concert Nuit d’Afrique.
Actuellement partagé entre l’Espagne et la Colombie, l’interprète baroudeur n’a pas oublié ses racines parisiennes, et encore moins ce quartier bigarré de Belleville où il a grandi. « Je me sens encore assez parisien, même si j’habite à l’autre bout du monde. Mais c’est vrai que mon cœur bat pour plusieurs pays... » Il bat aussi la révolution, comme si le punk un peu anar qui sommeille en lui revendiquait toujours sa tribune. « L’âge ne m’a pas calmé, je suis assez constant », sourit-il. Il faut dire que la société qu’il égratigne lui offre de belles munitions. La chanson titre de son dernier album est d’ailleurs un hymne au courage et à la résistance. « Et même si nous tombons mille fois, nous renaîtrons à chaque fois avec plus de force et de courage. » Le message ricoche sur les remous du monde contemporain. L’intéressé acquiesce : « Il y a des morceaux dans cet album qui sont collés à l’actualité, alors qu’ils ont été écrits il y a deux ou trois ans. Ils ont un côté prophétique ! »
Si l’espagnol reste sa langue musicale par excellence, celle de Molière s’intercale toujours dans ce phrasé festif et contagieux. C’est le cas de "Chacun son combat", une chanson biographique écrite par son grand copain et chanteur Balbino Medellin. « Il s’est mis dans ma peau pour raconter un peu mon histoire. Ce texte m’a beaucoup plu. Je n’aurais sans doute jamais écrit cette chanson, peut-être par pudeur. » Le poète engagé a aussi ses secrets.
Festival International Nuits d’Afrique – 10 au 22 juillet 2012
13 jours - 91 concerts et activités
Parterre du Quartier des spectacles du 19 au 22 juillet
www.festivalnuitsdafrique.com








