Orchestre Poly-Rythmo
Véritable institution musicale d’Afrique de l’Ouest et ayant plusieurs fois partagé la scène avec l’orchestre de Fela Kuti, le tout puissant Orchestre Poly-Rythmo a connu une renaissance grâce à une rencontre marquante avec la journaliste Élodie Maillot.
Depuis ce jour de 2006, les papis les plus funkys d’Afrique ont parcouru bien des pays et enregistré un nouvel album, Cotonou Club, qu’ils viennent présenter à Montréal le 4 juillet prochain. CAMUZ décroche le combiné et organise une conférence à trois entre Cotonou, Paris et Montréal. En compagnie d’Élodie Maillot et du chanteur Vincent Ahéhéhinnou, l’occasion est belle pour discuter du moment de leur rencontre et des impressions sur ce premier album en tout près de vingt ans.
Comment s’est déroulée ta rencontre avec la musique de l’Orchestre Poly-Rythmo?
Élodie Maillot : À Radio-France, mon lieu de travail, nous avons une immense collection de disques avec plusieurs millions de titres. Juste avant de partir au Bénin, j’avais découvert plusieurs 33 tours de l’Orchestre Poly-Rythmo et écouté une réédition de l’étiquette anglaise Soundway. En 2006, je suis partie à Cotonou pour un projet radiophonique, j’ai voulu savoir avant de quitter le pays si l’orchestre était toujours vivant. J’ai amorcé ma recherche dans les bars, les cabarets et tous les lieux de perdition nocturnes de la capitale béninoise pour essayer de savoir si l’orchestre existait encore. Plusieurs m’ont répondu qu’ils étaient morts, qu’ils buvaient ou qu’ils avaient tout simplement disparu. J’ai tout de même poursuivi mes recherches nocturnes jusqu’à ce qu’on me guide sur la piste de la ville royale d’Abomey, où ils étaient probablement à l’affiche de la fête d’indépendance. L’arrivée dans la ville d’Abomey fut en elle même une aventure, il ne restait plus aucune chambre d’hôtel et je ne savais pas où je logerais pour cette nuit. J’ai assisté aux festivités de la fête nationale et j’ai attendu jusqu’à deux heures du matin que le groupe se produise, je commençais sérieusement à douter de leur présence… Ils sont finalement arrivé sur la scène en pleine nuit, ce qui m’a plongé dans un état de bonheur assez intense, le son était pourri, mais j’ai subitement eu l’idée de faire une émission sur les groupes nationaux africains tombés dans l’oubli… J’ai donc attendu la fin de leur prestation pour les interviewer et tenter d’organiser une petite session acoustique avec eux. C’est la façon dont la rencontre s’est déroulée, nous nous sommes retrouvés et avons conclu un pacte pour faire suite à la prestation acoustique. Ils m’ont demandé ce qu’ils avaient à gagner d’une entrevue, je ne savais pas quoi leur répondre, je leur ai offert deux petites fioles de whisky, car je n’avais rien d’autre et en échange ils m’ont désignée imprésario du groupe, car ils avaient vu un signe dans le vaudou… Ils voulaient aller jouer en dehors d’Afrique, ce qu’ils n’avaient jamais fait. Je leur ai dit ok et la suite de l’aventure a déboulé.
Comment se déroule l’ambiance dans l’orchestre depuis sa résurrection?
Vincent Ahéhéhinnou : Une ambiance bon enfant, faite d’optimisme et d’espoir pour la conquête du monde.
Quelle est la chanson qu’un apprenti-fan du Poly-rythmo doit
écouter et pourquoi?
Vincent Ahéhéhinnou: "Angelina". Car c’est une chanson qui concerne toutes les générations.
Parlez-nous de l’album Cotonou Club.
Vincent Ahéhéhinnou : Cotonou Club résume tout notre parcours depuis que nous avons commencé, toute notre musique jusqu’à aujourd’hui. C’est fait de belles histoires, de belles rencontres avec d’autres musiciens, les boîtes de nuit et les clubs que nous avions animés tout le temps, et qui a fait notre histoire.
Avez-vous un souvenir relié au Québec?
Vincent Ahéhéhinnou : Ce souvenir est récent et remonte à l’un de nos passages au Festival d’été de Québec. Je me rappelle très bien quand nous sommes arrivés au festival et avant de monter sur scène, tout le monde nous regardait de manière différente. Un peu comme : qu’est-ce qu’ils viennent foutre ces vieux-là? Conscients du défi que nous avions à relever, nous nous sommes concentrés pour notre passage et toute l’équipe technique du festival avait fait une haie pour nous accompagner dans les coulisses. C’était réconfortant.







