Makaya
Avec son jazz percussif et coloré, le quintet créole Makaya agite ses notes et ses mélodies comme une invitation au voyage et au partage. David Bontemps, héraut de cette formation instrumentale créée en 2006, revient sur ce projet enfanté par de « beaux hasards » comme il dit. À découvrir lors du festival Haïti en folie de Montréal.
En 2009, Makaya donnait son nom à un premier album de 12 titres, après bien des efforts, comme souvent lorsque l’on investit ses propres deniers dans un projet au long cours. Proche de la nature, le groupe montréalais tire son nom d’une des plus hautes montagnes d’Haïti, mais aussi d’un parc national situé sur cette île. Il renvoie aussi à un célèbre marron de l’époque coloniale. Pas besoin d’aller labourer Google pour faire pousser cette science infuse. Un simple rendez-vous avec David Bontemps suffit. Le leader de la formation créole, qui vient de sortir un album solo, Vibrations, décoche son sourire à belles dents, en vous ouvrant les portes d’une aventure qui doit beaucoup à la terre fertile du hasard. De « beaux hasards » même, aux dires du pianiste, qui a quitté Port au Prince en 2002 pour poser ses valises à Montréal. Prenez par exemple le guitariste et chanteur de la bande, Jude Deslouches. « On était voisins à Haïti, on s’est retrouvés à Montréal. » Le monde est décidément très petit.
Depuis 2006, Makaya a pris de l’embonpoint, passant du trio au quintet rythmé par les cordes et les percus. L’ensemble évolue en fonction des disponibilités de ses musiciens. Il a déjà accueilli une flûte traversière, et d’autres expériences musicales ne sont pas exclues à l’avenir. Dans ce cercle, on aime le mélange des couleurs et des compétences. Rien n’est figé, tout est envisageable. Actuellement, trois Haïtiens, un Québécois et un Guadeloupéen composent ce quintet hautement malléable qui suit son petit bonhomme de chemin.
Trois ans après leur CD autoproduit, les particules verbales laissent entrevoir la possibilité d’un deuxième opus, peut-être moins instrumental que son aîné, mais toujours aussi lové dans le battement des percussions. C’est une évidence : les rythmes caribbéens sautent aux tympans, et injectent des sous-entendus festifs sur certains morceaux. « Les percussions sont très présentes, ce ne sont pas seulement des instruments d’accompagnement », abonde David Bontemps. Une fenêtre vocale a aussi été ouverte sur le disque éponyme, avec la chanson "Lisette", interprétée par Jude Deslouches. Un coup d’essai assez convaincant, au point où les pièces chantées s’imposeront davantage dans l’optique d’un futur CD, histoire de mettre plus en valeur la voix du guitariste.
Cantonné principalement à la métropole, excepté une apparition au château Frontenac à Québec en 2010, le groupe étrennera une première participation au festival Haïti en folie. Les présentations seront faites en plein air, au Théâtre de Verdure du parc Lafontaine. Pour David Bontemps, ce sera surtout l’occasion de toucher un public plus large, même s’il a pu constater que leur musique a rameuté une assistance très hétérogène « On pensait qu’elle était destinée à un public mature, averti. Ce dernier s’est rapidement rajeuni, ce qui est très encourageant. » Le rendez-vous du 27 juillet dévoilera également quelques morceaux de leur nouveau répertoire, en donnant peut-être plus de tonus aux percussions, histoire de faire gesticuler les hanches conquises...
Des salles montréalaises que la formation a pu fréquenter, David Bontemps garde un souvenir particulier du Club Balattou. Une salle fétiche ? On n’est pas loin de ce sentiment. Le lieu de leur premier concert complet. « Ce qui nous avait étonnés, c’était à quel point les gens étaient à l’écoute. On a joué plusieurs années dans cet endroit. Sans le Balattou, on n’aurait pas existé. » Pour ce groupe proche de la nature, le plus dur a été fait.
Aujourd’hui, Makaya est toujours une montagne et un parc national en Haïti, mais c’est aussi ce quintet de jazz porté par l’échange et la transmission des traditions.
Makaya | Vendredi 27 juillet | Théâtre de Verdure du parc Lafontaine (gratuit)







