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Groundfood

60 minutes avec Groundfood

La musique est un art, pour Groundfood c’est une vertu. Les dignes ambassadeurs de Kalmunity ont créé ce projet, il y a deux ans, au gré des rencontres et du partage d’une langue commune : la musique. Le sextet fait ainsi résonner des accords soul jazz moulinés dans un éclectisme musical dans un premier volume de leur mixtape déjà disponible. C’est à l’occasion de la soirée Hip-Hop Revival aux Bobards que Camuz a choisi de rencontrer la gang – au complet ! – de Groundfood.

 

Qui sont les cuisiniers de cette nouvelle sauce neosoul montréalaise ?
Jahsun : Je dirais que le projet est une idée qui a germé pendant quelque temps. Il y a environ un an, nous nous sommes rassemblés, on s’est organisé et voilà ! Malika Tirolien est à la voix, Jordan Peters est guitariste-compositeur, Marc Haynes à la basse, Parker Shper au clavier, Adam Kinner au sax. On participe tous à la composition. Et moi, je suis aux drums.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à fonder ce projet ?
Jahsun : Je dirais que la pratique du jazz et Kalmunity sont les deux éléments principaux. On jammait depuis quelque temps à Kalmunity avec une très bonne alchimie. On trouvait que nos gigs méritaient d’être approfondis.

 

Le contenu de votre lecteur de musique reflète-t-il vos influences ? Peut-on y trouver des artistes francophones ?
Malika Tirolien : Le jazz et la soul sont essentiels. Mais je puise aussi dans la pop francophone, j’aime beaucoup Ariane Moffatt.
Jahsun : Bien entendu, la musique noire nous influence et on brasse ces influences. Actuellement, j’écoute le dernier jam de Kalmunity. (rires) J’ai aussi découvert un groupe sénégalais des années 90, Positive Black Soul.
Adam Kinner : En fait, c’est difficile à dire. Notre leitmotiv est de moderniser différents styles qu’on aime, que ce soit soul-jazz, folk ou autres.
Parker Shper : Nos intérêts musicaux gravitent autour d’artistes comme The Roots, J. Dilla, et d’artistes francophones comme Jean Leloup et Etienne M’Bappé.
Jordan Peters : À dire vrai, en ce moment, je n’écoute pas grand chose. J’ai des périodes où je n’écoute rien. Mais, en général, en dehors du jazz, j’aime écouter du rock des années 70 comme Led Zeppelin. Je puise un peu partout, j’écoute Antoine Gratton, Daniel Drouin, Les Nubians…
Mark Haynes : J’écoute de tout. Dans les artistes franco, je trouve Olivier Messian assez inspirant.

 

Est-ce que votre musique est l’identité d’une scène neosoul made in Montréal ?
JP : Oui. La scène est très petite et éparpillée. On a besoin d’une structure. Il n’y a pas vraiment d’étiquette. Ici, la soul n’a pas la même place que le rock indé, la musique du monde ou le jazz. Nous sommes au milieu de tous ces genres. Kalmunity est l’endroit fédérateur actuel, le Jello bar contribue aussi à l’émergence de cette scène.
PS: C’est difficile de nous mettre dans une certaine catégorie. On est à l’image de Montréal, on est très multiculturel.
MT : Malgré les influences multiples, on suit une ligne directrice définie par la soul et le jazz.
MH : On prend les choses comme elles viennent. On fait résonner notre musique, sans essayer de ressembler à qui que ce soit, c’est cela notre identité.
Jahsun : Qu’est-ce qu’une scène ? Est-ce que ce sont quelques artistes qui se rassemblent ou bien parle-t-on d’un marché de musique soul ? Je dirais oui et non. Se faire sa place en tant que musiciens, c’est difficile, jouer de la soul est un défi. La plupart des producteurs ne cherchent pas des groupes comme le nôtre.
Suivez-vous une certaine tradition soul-jazz locale ou essayez-vous de vous démarquer ?
MT : (rires) On est plutôt du genre à suivre notre vibe. On laisse faire le hasard via l’impro. Groundfood est un espace de création libre.

 

Ce projet intègre des artistes visuels, quelle sera la portée de cette nouvelle dimension ?
Jahsun : Comme pour la musique, cela complète l’expérience. C’est un autre langage. C’est un nouvel élan.
JP : Nous souhaitons porter notre projet à un plus haut niveau.
MK : Le visuel est complémentaire à la musique.

 

Que pensez-vous des nouveaux projets de lois contre la nuisance sonore ?
MK : Cela affecte certaines personnes directement !!!
JD : Le Plateau est le seul endroit où ces lois s’appliquent. Et pourtant, c’est une zone fédératrice pour les artistes. Pour moi la musique est partout dans cet arrondissement. Ces lois sont insultantes. En tant qu’artistes, nous sommes totalement déconsidérés, alors que nous contribuons à cet enrichissement culturel.

 

Chaque année, le Jazz Fest occupe une partie de la ville et anime la ville. Et soudainement, plus personne n’aime le jazz…
PS: On sait bien que le Jazz Fest a un impact considérable sur le tourisme. Mais cela ne reflète pas Montréal. Ce n’est pas représentatif de la scène locale. D’ailleurs la programmation ne contient que des groupes de l’extérieur. C’est bien de zoner les lois pour protéger les riverains qui ont des familles. Mais on doit trouver un système ou un compromis. Il faut se rendre compte qu’actuellement ce sont des milliers d’amendes qui sont distribuées. Ce ne sont pas des petits montants, cela peut grimper jusqu’à 10 000 dollars. Les raisons ne concernent pas uniquement la nuisance sonore. Cela touche à nos moyens de diffuser nos évènements. Coller une affiche sur le mauvais mur peut coûter très cher ! C’est difficile. On ne critique pas le Festival, bien au contraire, on le respecte et on aimerait y jouer cet été.
Jahsun : C’est ridicule. On n’a pas de support !
JP : J’ai entendu une histoire une fois. Des riverains ont porté plainte contre le Festival pour nuisance sonore car le condo se trouvait à côté de la Place des Arts. Je leur propose une solution toute simple. Il devrait déménager près d’une forêt ! (rires)
Ce qui vous intéresse, c’est de jammer entre potes ou bien avez-vous des revendications ?
MT : On ne joue pas nécessairement pour ce genre de revendication. Mais ce qui est certain c’est que si notre musique peut servir à revendiquer quelque chose, on va le faire.
Jahsun : Je dirais que nous n’avons pas le choix, c’est ce qu’on est. Nous sommes des musiciens. Mais on essaie de faire de la musique pour que les gens pensent et réfléchissent. Si cette musique peut divertir tant mieux. Notre objectif, c’est de jouer et de nous dépasser et d’amener le public à partager notre univers.

 

Compte tenu du manque d’infrastructures, pensez-vous créer votre étiquette ?
PS : On ne se presse pas. Le band est très jeune.
JP : C’est de l’organisation, ce n’est pas avec le projet qu’on va pouvoir faire de la vraie gestion. On a besoin d’une équipe. Je pense que les idées sont présentes. Mais on ne serait pas bon pour le faire.
MT : C’est à nous de faire ça ? Je pense que ce n’est pas à nous de le faire. On s’occupe déjà de la musique.
Jahsun : La liste de nos besoins est longue. On ne peut pas tout faire : être promoteurs, chercher des salles pour nous produire. On a besoin de personnes ouvertes, prêtes à respecter notre art, notre musique. Les DJs sont partout à Montréal. J’estime qu’on ne peut pas respecter un DJ plus qu’un artiste créatif. C’est assez insultant ! Pour le moment, on n’a pas tout cela, alors, on fait de notre mieux. On ne peut pas prendre le monde sur nos épaules. Certaines personnes s’organisent pour sauver des dauphins, pourquoi pas les musiciens ! (rires)


Laissez-vous porter par la neosoul à l’état brut de Groundfood. Pour en savoir plus, visitez leur site web. Soyez en alerte et ne ratez pas l’expérience de cette soul kitchen. Groundfood se produira le 25 novembre au Ô Patro Vys.

 

Entrevue par Géraldine Jippé

Photo par Alain Mercier

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