Dr. Lonnie Smith
Fin mai. Il fait beau en Floride, un peu comme à Montréal. Au moment de notre entretien téléphonique avec Dr Lonnie Smith, on a l’impression de toucher à notre printemps pour la première fois depuis des semaines. C’est avec beaucoup de chaleur que l’organiste au turban a répondu à nos interrogations camuziennes… assis confortablement chez lui, dans un «downbeat» de tournée qui lui a permis de faire un point sur sa carrière… et un peu sur sa vie.
C’est que pour plusieurs, Doctor incarne cet espèce de gourou de l’orgue Hammond B3, une légende vivante du groove. Pour d'autres, il incarne un musicien, compositeur et accompagnateur au talent inégalé. Quoi qu’il en soit le fait de rajouter un orgue à un ensemble de jazz impressionne à tout coup, surtout lorsque Doctor Lonnie Smith est aux contrôles de l’instrument.
Pour commencer, Camuz s’est demandé ce qui a poussé le Dr à choisir l’orgue comme instrument de prédilection.
Lorsqu’il était jeune, Lonnie se tenait dans le magasin de musique d’Art Kubera situé à Buffalo où était installé un orgue Hammond. Étant né avec un talent naturel pour la musique, on le fit pratiquer très tôt le chant gospel, le blues et le jazz; l’attrait pour cet instrument s’est imposé de lui-même, il avait vingt-et-un ans. «C’est comme si j’étais né avec l’orgue. Je ressens comme une espèce de connexion lorsque je joue… ça fait partie de moi, depuis le début. Lorsque l’orgue m’a appelé dans le magasin de musique, j’ai senti que ma vie allait changer. Ce fut le cas! J’aime sa sonorité et ce qu’on peut en faire.»
Au début des années soixante, Lonnie Smith débute sa carrière à Buffalo où il fait la rencontre du musicien George Benson qui cherche alors à ajouter un organiste à son ensemble. Gagnant en popularité, le groupe déménage à New York et se bâtit une réputation basée sur une approche musicale novatrice qui s’inspire de plusieurs styles musicaux différents. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui fera du Doctor un musicien hors du commun et qui, avec les années, lui permettra de gagner le cœur des mélomanes du monde entier.
Des goûts musicaux tout autres…
Doctor Lonnie Smith exprime de par ses goût musicaux éclectiques que rien n’est à prendre pour acquis dans le domaine de la musique. Tout est en constante révolution, et c’est ce qui fait la beauté de la chose. Toutefois, il exprime certaines réserves quant à la ferveur de certains auditeurs à exiger une fidèle reproduction de ses enregistrements. «Au début de ma carrière, j’ai fait des choses qui ont marqué beaucoup de gens, mais je me retrouvais constamment dans une situation où le public voulait entendre exactement ce que je jouais sur l’album, pas une nouvelle improvisation! C’était très dur, car je n’aimais pas décevoir mon public, mais en même temps, il était question de ma survie musicale, de mon sens créatif qui tentait de s’exprimer. Il faut aussi comprendre qu’il est impossible de reproduire les mêmes moments d’un concert à l’autre. Tout dépend de l’endroit, de la relation avec le public sur place… il y a tant de choses qui influencent! C’est un exemple comme un autre, mais c’est une situation très fréquente, dans le domaine du jazz… »
Poursuivre cette idée est ce qui l’a motivé à rester fidèle à lui-même sur scène, depuis plus de cinquante ans de carrière professionnelle. Aujourd’hui, à l’aube de ses soixante-dix ans, il voit la vie… un peu différemment. Selon lui, la vie d’un musicien se passe en concert et chaque moment est unique… «Tu sais, si tu me parles en marchant, tu risques de me piler sur un pied. Et là, ça se produit, et tu t’excuses. Et je te pardonne, même si j’ai mal! C’est ce que j’appelle la Vie, et c’est ce qu’on retrouve dans mes concerts et dans ma musique en général. Le musicien doit savoir comment transmettre ses sentiments, son existence actuelle, momentanément.
N’oublie jamais ceci: Music is something that people needs to feel good!»
Dr. Lonnie Smith | Upstairs Jazz Bar | 1er et 2 juillet






