Chapelier Fou
Un 2e album et déjà une belle réputation bien au-delà de ses frontières lorraines. Le musicien français Chapelier Fou, alias Louis Warynski, sera de passage à Montréal dans le cadre du festival international de jazz. Orfèvre de la musique électro-acoustique, le Messin bidouille et invente des fresques musicales inédites et envoûtantes.
Le festival des musiques émergentes de Rouyn-Noranda avait déjà fait sa connaissance. Montréal s’apprête à faire de même, les 2 et 3 juillet au Théâtre de Quat'Sous, dans le cadre du festival international de jazz. Chapelier Fou voyage, beaucoup. Il fera un passage éclair dans la métropole québécoise, où il croisera son grand copain Cascadeur, également de la programmation montréalaise, au même endroit quelques jours plus tôt. Derrière ce nom de scène emprunté au personnage de Lewis Carroll, dans Alice au pays des merveilles, il y a un compositeur hors pair, un musicien d’une insatiable curiosité, et un défricheur de terrains métissés.
Louis Warynski a connu une ascension fulgurante dans le monde de la musique électronique. Il semble le premier étonné par ce succès aux accents internationaux (Europe, Australie, Chine, Turquie, Mexique...). La modestie continue de guider ses mots. « Je n’ai pas de prétention à quelque carrière que ce soit. On me donne la chance de jouer et de faire des disques. Je n’aurais jamais espéré ça il y a quelques années. Je ne cherche pas à comprendre ce qui m’arrive, je jouis juste de tout ça. » Toujours seul sur scène, cet apôtre de l’instrumental avait été une des révélations du Printemps de Bourges en 2008, avant de charmer les tympans des Eurockéennes de Belfort, un an plus tard.
Son premier album, 613, après trois EPs prometteurs, avait été couvert d’éloges. En jetant un pont entre l’instrumentation classique et les bidouillages informatiques, l’artiste de 28 ans avait créé une brèche dans le monde de la musique électronique française. L’ancien professeur de solfège, passé par le Conservatoire de Metz, où il a étudié le violon et le clavecin, a vite compris que le 4e art offrait des possibilités infinies en labourant les terres du cosmopolitisme. Entouré d’instruments et de machines - ordinateur, séquenceur, clavier, guitare et violon notamment - il agence, ajuste ou malmène des sons inventés ou remaniés.
De son propre aveu, c’est son penchant analytique très prononcé qui en a fait un Obélix de l’électro. Le hip-hop et le trip-hop, deux genres influents dans sa discothèque personnelle, lui ont en quelque sorte mis le pied à l’étrier. « Je voulais découvrir comment fonctionnaient ces musiques... »
En écoutant son dernier album, Invisible, sorti en mars dernier sous le label nancéien Ici d’ailleurs, on a parfois l’impression que le musicien improvise, expérimente en direct ses mélodies accrocheuses et raffinées. Or, il n’en est rien. L’album aux 9 titres, d’une étonnante complexité, s’appuie sur une écriture solide, bien servie par une verve musicale sans amarres. Avec Chapelier Fou, rien n’est figé, et le meilleur toujours droit devant. « J’aime bien travailler sans aucun but. Parfois, je me rends compte qu’un morceau est en train de voir le jour, presque inconsciemment. Je suis très éclaté dans mon travail. » Éclaté, mais pas brouillon, comme le prouve cet opus hybride et léché qui ne devrait pas tarder à faire mentir le titre de la pochette. Un plus grand soin a été apporté aux mélodies, peut-être davantage mélancoliques que ses précédentes compositions. Les atmosphères sont variées, et les instruments font parfois un peu de place à des voix charnelles, en l’occurrence celles de Gérald Kurdian, sur “Vessel Arches”, et Matt Elliott, sur “Moth Flame”. Deux potes.
Avec sa soif d’apprendre intarissable, Louis Warynski remplit ses étagères de potions magiques. L’utilisation de synthés vintage dans son univers singulier est une de ses dernières drogues euphorisantes. « Une autre approche du son », une autre exploration. Dans son laboratoire décloisonné, les instruments conservent chacun leur personnalité, mais il les réunit avec un sens du collectif confinant parfois à la perfection.







