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Buraka Som Sistema

Ils feront fondre l'Igloo, c'est certain.

Dans une longue distance entre Montréal et Lisbonne qui a dépassé l'heure, Kalaf, un des quatre de Buraka Som Sistema inspire tant, qu'il est difficile de raccrocher. On parle musique oui, mais musique quoi. De son début à la fin qu'elle ne connaîtra jamais. Dans toute son évolution et le mélange des genres. On parle des influences angolaises dans la musique des ghettos en banlieues portugaises. De ce «melting-pot» qui se traduit dans le kuduro angolais, ce son unique que Buraka fait voyager partout sur le globe. 

 

Kalaf et Conductor sont les deux Angolais du groupe. J-Wow et Riot sont Portugais. Tous ils ont grandi en périphérie de Lisbonne, dans les quartiers de travailleurs. Tôt dans les années 90 ils sont exposés au genre musical qu'on appelle le «kudoro angolais», près du zook, teinté de soca, empreint de percussions et meublé de basses, c'est un genre très africain mêlé à l'électro qui dès qu'on l'entend, fait ressortir quelque chose d'animal, de racine. 

 

Les premières chansons qui sortent de la rue et des petits appartements pour raisonner dans les clubs africains lisbonnais qui sont aujourd'hui fermés, étaient plutôt collées sur le techno et la musique des raves. À l'origine, le kuduro était porté par des DJs et des producteurs. «Au début, le kuduro était une danse, la musique n'était que la trame sonore de différents mouvements. La danse et la musique étaient indissociables. Ils définissaient le genre, ensemble, explique Kalaf. Puis à la fin des années 90, sont arrivés les MC’s, pour couvrir le style et le pousser plus loin. Jusqu'en 2004, où la musique a été remise entre les mains des DJs. Si les immigrants angolais ont amené le genre au Portugal, c'est la masse des ghettos qui l'a fait vivre. «Peu importe la nationalité, les gens des banlieues pauvres de Lisbonne avaient soif de party le vendredi arrivé. Ils travaillaient tous fort et le kuduro leur permettait de se lâcher complètement, mais aussi, de s'y identifier. C'était une musique née dans leurs rues». «Jusque là, cette musique représentait une sous-culture... Puis nous sommes arrivés.»

 

Des ghettos aux grandes villes

 

«Nous nous sommes dit : "Bon, voici un mouvement, il est là, il est présent et les gens se reconnaissent dans cette musique".» Et ils ont formé Buraka Som Sistema. Il compare la façon dont ils ont sorti le kuduro des ghettos portugais au mouvement hip-hop né dans les banlieues pauvres aux États-Unis. Il y avait ce même «besoin de s'exprimer».

 

À leurs débuts, en tant que DJs et producteurs, ils tenaient des soirées où ils passaient de la musique de partout dans le monde «des ghettos du Rwanda, de Baltimore, de Rio de Janeiro, d'Afrique du Sud ou de Londres... Nous voulions faire un party, une "soundtrack" globale et unie qui connectait tous ces genres qui provenaient tous d'une sous-culture née de quartiers défavorisés».

 

Ils étaient aussi influencés par les débuts de M.I.A. qui collaborait avec Diplo et aux balbutiements du dubstep. Vivaient toujours les soirées électro, très techno en fait, dont ils se sont aussi inspirés. Ils ont pris le kuduro et l'ont amené à un nouveau niveau. «Les gens se sont rendu compte que le kuduro était d'abord une musique pour danser, mais qu'elle était aussi une musique dont ils pouvaient être fiers, parce qu'elle était près d'eux, parce que personne d'autre ne la portait, elle était née juste à côté d'eux. On pouvait l'entendre uniquement dans les clubs africains», se rappelle Kalaf. «Ce que nous voulions était de prendre une musique qui n'était pas encore exposée et la partager». Aussi simplement que ça.

 

Explorer les genres

 

Komba est leur deuxième album fraîchement produit et lancé au dernier Halloween. Il succède à Black Diamond, paru en 2008. Après leur premier LP, les quatre gars ont parcouru le monde, ont accueilli sur scène et en studio une foule de collaborateurs, mais surtout Blaya une MC d'origine brésilienne, qui est devenue presque la 5e membre du groupe. 

 

Ils continuent de tendre l'oreille vers les ghettos du monde entier pour découvrir de nouveaux genres. «Maintenant, nous écoutons beaucoup de musique Tuki, qui vient de Caracas au Venezuela.» Ils ont d'ailleurs invité Pocz & Pacheko, des Vénézuéliens, à contribuer au EP Hard Ass Session, Volume V, sur lequel figure aussi un producteur de chez nous, Poirier. «C'est encore notre mission de donner une vitrine aux genres qui proviennent de différentes parties du monde. Mais nous continuons de développer notre propre son, le son Buraka, qui reste ancré dans le kuduro, mais qui peut être teinté de baile funk ou de grime, ou encore de dubstep, et je crois que c'est définitivement ce qui nous représente, dit Kalaf. Nous créons une musique unique, distincte et qui appartient à cette grande famille de "bass culture".»

 

Buraka Som Sistema partira dans les Bahamas où il débute sa tournée sur un bateau de croisière pour ensuite passer par Washington, New York et Toronto et compte trainer plusieurs tuques pour affronter le froid des Quais du Vieux-Port de Montréal lors de l'Igloofest, le 14 janvier prochain.

 

 

Article par Carolan Grégoire

 

IGLOOFEST

12-13-14 | 19-20-21 | 26-27-28 JANVIER 2012

igloofest.ca

Programmation complète ici (http://igloofest.ca/fr/events)

Billets et igloopasses en vente ici (http://igloofest.ca/fr/box-office)

 

 


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À propos de l'auteur

Aude Mary

Aude Mary

Chroniqueuse assidue pour Camuz depuis les débuts de l’aventure, elle traque chaque mois les bons disques avec son flair d’ethnologue. Auteure dans une de ses nombreuses vies, elle met tout son talent d’écriture et sa passion pour la musique au service des articles de fond de votre magazine préféré.
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