Buck 65
Buck 65 est un musicien de style hip-hop, rappeur et DJ originaire de la Nouvelle-Écosse, avec plus d’une vingtaine d’albums à son actif. Quoique ses fondements musicaux restent fidèles au hip-hop, au cours des dernières années, des influences blues, country, rock et folk définissent l’aspect avant-gardiste d’un style qui lui est propre. Buck 65 vient tout juste de lancer l’album « 20 Odd Years » sur l’étiquette Warner, le 1er février 2011.
Dans un texte autobiographique, tu parles de tes muses et tu les décris comme des « losers et parias qui ont une vision particulière de la beauté ». Pourquoi t’inspirent-ils et comment lies-tu ton expérience à la leur?
Je viens d’un petit village qui n’a rien d’urbain et même au sein de ma propre famille, je me suis longtemps senti comme le petit mouton noir. J’avais beaucoup recours à mon imagination pour fuir l’isolation familiale et communautaire que je ressentais. C’est alors que j’ai découvert le hip-hop : musique d’un monde contraire au mien, centrifuge au réseau hypersocial de la réalité urbaine des boîtes de nuit de NYC (entre autres). C’est un univers qui m’a tout de suite absorbé, mais d’une manière inattendue : très intime dans l’espace privé de ma chambre. J’étais aussi très sportif et je me préoccupais beaucoup de ma santé physique : je me tenais donc loin des « aide-socialisateurs » tels que l’alcool et la cigarette. Devenir DJ, c’était pour moi une manière efficace de sortir de mon isolement. J’ai toujours été un type timide et socialement maladroit et mon désir de faire de la musique a toujours été motivé par une forte introversion.
Ce dernier album est composé de collaborations avec d’autres musiciens que tu décris en tant que « fellow sub-normals ». Pourquoi cette impression d’être en bas de la normale?
Je disais ça surtout pour rire, mais c’est tout de même un peu vrai. Ça me fascine de voir qu’un type comme Gord Downie, qui est un géant dans ce pays, jusqu’aux moindres retailles de sa personne, est tout sauf une star de la pop. Sa musique et ses paroles sont loin d’être ordinaires. C’est un homme d’une profondeur philosophique étonnante et cela transparaît dans sa musique. D’autres personnes avec qui j’ai travaillé sur cet album, dont John Southworth, ont un géni qui risque de passer inaperçu, pas parce qu’ils n’ont rien d’étonnant, mais parce qu’ils voient le monde d’une manière très différente.
Cet album jette un regard sur les 20 dernières années de ta carrière musicale. Qu’en as-tu appris?
J’ai toujours été fasciné par la notion d’inconfort. Comme je disais plus tôt, j’ai toujours été un type timide, mais sans jamais chercher à m’en évader. J’ai surtout tendance à essayer de comprendre cette facette de ma personnalité parce que je crois qu’il s’y cache aussi une grande force. Dans ma musique, je crois qu’il est aussi intéressant d’explorer des zones dans lesquelles je suis moins confortable ou qui me sont moins connues. Je me suis entouré d’amis afin d’être à mon meilleur et de m’exprimer aussi librement et sincèrement que possible. Par exemple, on ne devinerait pas en écoutant l’album que j’ai enregistré toutes mes parties lyriques totalement isolé des autres musiciens afin de ne pas être distrait par quoi que ce soit et de rester dans ma bulle. J’aime bien pouvoir jouer des deux côtés de la frontière du confort et de l’inconfort.
Peux-tu me parler un peu de l’expérience collaborative que tu as vécue? De ses bons côtés et des moins bons?
Chaque chanson était une expérience différente. Par exemple, avec Gord Downey, on commençait par éclaircir des approches profondes et philosophiques, et le côté technique allait de soi par la suite. Avec Jenn Grant, c’était un peu le contraire : elle ferme les yeux et se laisse emporter; son corps transi, le miracle sort de sa gorge, comme si de rien n’était.J’ai retravaillé une nouvelle version de Smalltown Boy (de Bronsky Beat) avec Gentleman Reg, mais nous ne sommes pas arrivés à avoir les droits pour l’album. C’était une grande déception; on avait réussi à conserver le sentiment original, et je voyais dans cette chanson un message important en ce qui a trait aux homosexuels et au hip-hop.
Comment l’expérience des collaborations a-t-elle changé ta musique?
Je crois que ça l’a beaucoup changé, en effet. Je souhaitais que mes collaborations soient faites d’une manière qui laisse l’autre libre dans sa propre inspiration, et cela a très bien fonctionné. Je voulais que la porte reste ouverte pour l’innovation et pour l’échange afin d’amener ma musique vers des avenues totalement nouvelles.
Comment t’y prendras-tu pour faire la tournée d’un album tel que celui-ci?
Je cherche à collaborer avec une chanteuse qui saura porter les différents chapeaux de mes collaborateurs et dégager toute l’émotion et les sentiments qui émanent de leurs créations. Le choix d’une femme me paraît plus approprié parce que je vois très bien une femme chanter Gord Downey ou Nick Thornburn, mais un peu moins un homme chanter les parties de Jenn Grant. Ça serait trop bizarre. Je crois avoir trouvé la bonne personne avec qui travailler et on annoncera son nom sous peu.
Propos recueillis par Sarah Brideau pour Camuz
Photo par Mike Burnell, Alex Ramon, Francesca Tallone et Rachel Watson
Publié le mardi 01 mars 2011.






