view counter

Camuz y étaitSérie Compositeurs jazz - Rencontre, écoute, créativité...

Rares sont les moments où l’on peut assister en direct à la naissance d’une œuvre d’art en étant aussi près de ses créateurs. Mercredi soir au Bleury-Bar à vinyle, cinq musiciens-compositeurs se sont présentés avec dix pièces écrites spécialement pour l’événement et les ont dévoilées au public dans toute leur nudité, toute leur nouveauté.

La Série Compositeurs jazz permet de réunir une formation inédite de musiciens pour un concert unique de compositions originales. Compositeurs, interprètes-improvisateurs et créateurs des œuvres, ces artistes déploient une palette de compétences qui témoigne de leur grande musicalité : une écoute active en direct, une capacité à s’adapter aux différentes nuances, couleurs et styles des pièces, une concentration à toute épreuve, de la créativité et de l’altruisme. Pourtant, à les voir aller, on a juste l’impression qu’ils s’amusent… Et de fait, c’est ce genre de challenge qui stimule les musiciens jazz.

 

Un, deux, trois, quatre… Alex Lefaivre ouvre le bal. Le bassiste de Parc X Trio aux cordes électriques propose avec « New One » un jazz rythmé teinté de funk aux lignes mélodiques simples et efficaces. Il y a deux ans, blessé à la main, son avenir musical était incertain. La persévérance et la passion l’ont amené à reconstruire son jeu et à se retrouver ce soir à l’arrière de la scène, fléchissant les genoux sur le beat de sa composition.

Au tour de Karine Bétournay. Actuellement à la maîtrise en composition au Conservatoire de musique de Montréal, la pianiste rend un hommage à Philip Glass avec « Glass half full ». Après une introduction aux touches contemporaines, les saxophones martèlent des motifs répétitifs, minimalistes à la rythmique complexe. Les harmonies modales soutiennent le tout, donnant à la pièce une densité hors du commun par l’accumulation des couches sonores. Aussi déroutant que séduisant.

 

Après cette montée en tension, rien de mieux qu’une ballade sur fond de backbeat composée par le batteur Dave Croteau (Leaf Quartet). La mélodie initiale de « What does it mean ? » se développe, gagne en force et en intensité, laissant les deux saxophonistes présents déployer un jeu mélodique empli d’émotions brutes.

En réponse, le saxophoniste Alex Francoeur propose avec « Try » une ballade tout en douceur, introduite au piano, dans laquelle il livre un solo puissant soutenu par une progression harmonique riche. En passe de terminer son baccalauréat à McGill, Alex déploie déjà une vaste palette de couleurs et d’émotions et fait corps avec son saxophone ténor.

Le premier set se conclut avec une composition du saxophoniste alto Mario Allard. Habitué des rythmes et sonorités afro-funk, le musicien de Papagroove et Coyote Bill présente « Snowden », une pièce énergique au concept rythmique intéressant, le tout sur fond de jazz moderne à la Joshua Redman.

 

Le reste de la soirée sera animé par la même fougue, le même esprit de partage, de créativité, la même écoute attentive. Ces compositions auraient eu une tout autre allure avec d’autres interprètes. Elles sont la résultante de l’expérience musicale, de la sensibilité et de la compréhension de chacun, avec un petit grain de magie qui donne l’impression que tout coule aussi aisément que la bière dans les pintes des spectateurs charmés. C’est ça le jazz.

 

 

Si la créativité et la complicité se répandaient dans l’atmosphère, l’air du Bleury en serait empli. Et ce tous les mois… La même rengaine ? Non, c’est à chaque fois un concert nouveau, de nouvelles pièces et de nouveaux interprètes-compositeurs de jazz, un moment à chaque fois exceptionnel. La Série Compositeurs jazz (Jazz Composers Series), initiée il y a bientôt quatre ans par la trompettiste Rachel Therrien (voir son portrait dans l’article du 19 janvier d’Élizabeth Pouliot), est un événement à ne pas manquer. Il permet une rencontre unique et éphémère entre des artistes qui partagent la même passion. Cette rencontre d’un soir est organisée par le saxophoniste Alex Dodier, qui réunit les artistes en fonction de leurs similarités musicales. Pour le reste, c’est à chaque fois une heureuse surprise.

Prochain rendez-vous le samedi 12 mars à 20h30, puis le deuxième samedi de chaque mois jusqu’au Festival International de Jazz, pendant lequel l’expérience se produira tous les soirs avec des musiciens venus du monde entier. À vos agendas !

 

Crédit photos: Benjamin Goron

Plus de Camuz y était
Ibrahim Maalouf en mode Kalthoum

Ibrahim Maalouf en mode Kalthoum

En arrivant à la Place d’Youville, il y avait une fine pluie. Sur un écran à l’extérieur, on y présentait une vieille vue de Buster Keaton (plus originale que la plupart ...
Arkona aux Katacombes : un rituel païen des plus réussis!

Arkona aux Katacombes : un rituel païen des plus réussis!

Mardi soir était une soirée spéciale pour tous les fans de folk metal de Montréal. Le groupe russe Arkona était de passage aux Katacombes, dans le cadre de sa tournée ...
Esmerine au Théâtre Rialto : post-rock de chambre

Esmerine au Théâtre Rialto : post-rock de chambre

Quelque part entre la musique de chambre, le post-rock et le folklore turc se trouve le groupe Esmerine, qui se produisait mercredi soir sur la scène du Rialto Hall dans le cadre de la soirée ...
FERMER X