Reasonin'
Rod Anton & The Ligerians
À la première écoute de Reasonin’, nous ne savons rien de son auteur, Rod Anton. Nous découvrons et savourons tout simplement les 14 morceaux de l’album comme un bon cru, tout droit sorti de la boite à créer d’un bon vieux rastaman jamaïcain. Mais que nenni ! Qu’apprenons-nous donc ? Que ce fameux Rod Anton, qu’on imaginait noir, avec des locks, fumant un spliff devant une petite maison perchée sur les hauteurs de Jamrock, est en fait un p’tit frenchy aux cheveux ras d’origine portugaise !
Eh oui ! Et à l’instar d’un autre «blanc-bec» du reggae, l’Italien Alborosie, le chanteur-guitariste n’a pas à rougir du son qu’il offre à un public connaisseur. Depuis 10 ans qu’il pratique la scène locale et internationale, que ce soit avec son ancien groupe reggae dub D’âme Nature, avec des petits sound systems, ou encore en première partie d’artistes accomplis et prestigieux comme U-Roy, The Skatalites, Israël Vibration ou encore Morgan Heritage, il a indéniablement produit là un travail de qualité : du roots reggae comme on en redemande, fruit de sa nouvelle collaboration avec The Ligerians, rencontrés en 2009.
On se régale aussi des retrouvailles sur cet opus avec The Congos sur la version LP de "Leaders of Tomorrow", véritable hymne à l'éducation des plus jeunes. À tout ce bonheur s’ajoute la contribution du légendaire Max Romeo sur les titres "Holy City" et "Mr Richman", cri de révolte contre les excès et l'égoïsme ravageurs de notre société occidentale. The Ligerians sont accompagnés sur ce titre de Brother Joe, rasta elder, maître de la percussion nyahbinghi jamaïcaine et fondateur des légendaires Sons of Negus. Notons aussi l’excellent travail de Vaughn Benjamin, le chanteur du groupe Midnite qui a posé son flow sur "Trumpet Bush", hommage à l’usage des plantes médicinales, celles des Bush Doctors.
Au-delà de ces featurings, l’ensemble de l’album est très réussi et se termine sereinement par deux morceaux dub concoctés par Babs, l’ingénieur du son du groupe, suivis d’une conclusion a capella de 35 secondes des membres des Congos. Une belle découverte que ce band : on rêve de l’entendre un jour au Festival international reggae de Montréal !



